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Témoignage d’une personne étudiante en Travail social en stage au Sénégal

Amélie2

Cinq personnes étudiantes en Travail social vivent actuellement une expérience aussi humaine que professionnelle : un stage d’intervention de 12 semaines à l’Hôpital de Fann, à l’Hôpital Albert-Royer et au Centre de premier accueil, à Dakar, au Sénégal.

Au-delà du stage, cette immersion hors du commun est une aventure profondément formatrice, marquée par les rencontres, la découverte d’une nouvelle réalité sociale et le développement de compétences sur le terrain.

Les stagiaires rédigeront des articles et partageront leurs observations, leurs expériences personnelles et les réflexions qui transforment peu à peu leur regard sur le monde et sur leur future profession. Voyez le témoignage d’Amélie Charbonneau.

Mon choc culturel et mon adaptation au Sénégal

Le choc culturel : « Expérience de stress et de désorientation vécue par la personne qui doit apprendre à vivre dans une nouvelle culture. Le choc survient parce que l’individu quitte un milieu familier et connu pour se plonger dans un milieu inconnu. Il survient alors une perte des nombreux repères qui orientent son action de tous les jours. »

Source : SUSNJAR, Sonjar. « Du choc culturel à l’intégration », Bulletin Vies-à-vies, vol. 4, no.5, avril 1992.

Nous en avons parlé en long et en large de ce fameux choc culturel, j’étais certaine de le comprendre parfaitement. Nos enseignantes nous ont préparées de toutes les façons possibles : avec des mises en situation, des discussions avec les stagiaires qui sont venus ici l’an passé, des cours de Wolof (la langue la plus couramment parlée au Sénégal), des présentations sur les us et coutumes de ce beau pays, et j’en passe. Mais il a fallu que je le vive par moi-même pour comprendre l’impact du choc culturel sur ma vie.

Il y a quatre grandes étapes au choc culturel : la lune de miel, la confrontation, l’ajustement et enfin l’aisance biculturelle.

En arrivant, c’était la lune de miel : je suis au Sénégal!!! Ce voyage que j’attends et que je prépare depuis des mois est enfin arrivé. Il fait beau, il fait chaud, je découvre une gastronomie riche et fantastique. La famille qui m’accueille, moi et une autre stagiaire, est ouverte, attentionnée et chaleureuse. Notre mère d’accueil reçoit des stagiaires depuis 2018, et elle le fait, car elle aime la vie que ça amène dans sa maison. Je rencontre ma petite sœur et mes frères, qui sont aussi excités que moi que je me joigne à la famille. Je découvre mon milieu de stage : le Centre de Premier Accueil de Dakar. Ce centre d’urgence accueille les enfants de 5 à 18 ans qui sont en conflit avec la loi, victimes, témoins ou en danger. Le Centre est coloré et les personnes intervenantes sont accueillantes. J’ai hâte de m’intégrer à l’équipe et d’apprendre de nouvelles méthodes d’intervention. Je vais passer les trois prochains mois dans ce magnifique pays, quelle chance.

Quelques jours plus tard est venue la confrontation. Je savais que cette phase allait me frapper, mais j’étais préparée et je gardais mon incroyable capacité d’adaptation dans ma poche. Malheureusement, je suis tombée malade, et soudainement je ne voyais plus le bout de ce voyage. Ma famille, mes amis me manquent plus que ce que j’ai anticipé. La nourriture, pourtant très bonne, est lourde et difficile à digérer. Les enfants de mon milieu de stage, que je veux tant aider, parlent seulement Wolof. Bien que je m’attendais à être témoin de méthodes éducatives différentes dont parfois les punitions corporelles, cela me confronte dans mes valeurs et exige de moi une ouverture d’esprit. Je suis obligée de reconnaître que je vis une période de désillusion, et, comme prédit par mes lectures sur le choc culturel, je me retrouve à idéaliser le Canada. Même la neige me manque!

Doucement, je suis en train de m’ajuster. Je me crée progressivement de nouveaux repères. Je me trouve des coins où je peux faire mes devoirs ou me baigner, je décore ma chambre et parle avec de nouvelles personnes. J’ai la chance d’être entourée de quatre merveilleuses stagiaires qui traversent cette épreuve à mes côtés, bien que chacune le vit à sa manière. Au fil des semaines, je vais continuer de développer des stratégies d’adaptation pour me sentir bien ici.

L’aisance biculturelle, c’est-à-dire se sentir aussi à l’aise dans un pays que dans l’autre, prend plusieurs années à atteindre et je ne me rendrai pas jusque-là.

Cette expérience me prouve que toutes les années d’étude ne valent pas la pratique. Je me sens déjà mieux outillée pour comprendre ce que vivent les nouveaux arrivants au Canada. Malgré que ce voyage soit difficile sur le plan psychologique, je suis infiniment reconnaissante de pouvoir le vivre. Il m’apporte une perspective unique sur le monde qui m’entoure et je vais revenir le cœur chargé de beaux souvenirs.

On se reparle lorsque je vivrai le choc du retour!