Retour

5e témoignage d’une personne étudiante en Travail social en stage au Sénégal

Olou1

Cinq personnes étudiantes en Travail social ont vécu une expérience aussi humaine que professionnelle : un stage d’intervention de 12 semaines à l’Hôpital de Fann, à l’Hôpital Albert-Royer et au Centre de premier accueil, à Dakar, au Sénégal.

Au-delà du stage, cette immersion hors du commun est une aventure profondément formatrice, marquée par les rencontres, la découverte d’une nouvelle réalité sociale et le développement de compétences sur le terrain.

Les stagiaires ont rédigé des articles pour partager leurs observations, leurs expériences personnelles et les réflexions qui transforment peu à peu leur regard sur le monde et sur leur future profession. Voyez le témoignage de Olouwatoyin Hounkponou.

Mon voyage vers moi-même au Sénégal - Une éclosion personnelle

Je m’appelle Olouwatoyin Hounkponou, je suis finissante en Techniques de travail social. Mon identité est le fruit d’un mélange de deux cultures : je suis Canadienne d’origine béninoise. Cette dualité a nourri en moi un désir de comprendre les réalités humaines au-delà de nos frontières. C’est cette soif d’élargir ma vision du monde et le besoin de m’enrichir professionnellement qui m’ont poussée à faire mon stage de fin d’études à l’international. C’est ainsi que j’ai eu le privilège d’effectuer mon stage au Service social du Centre National pour Enfants Albert-Royer (CHNEAR) à Dakar. Cette expérience de stage international n’a pas été qu’un simple ajout à mon parcours académique. Elle m’a permis de me redécouvrir tant sur le plan personnel que professionnel.

Tout d’abord, sur le plan professionnel, je me suis rapidement intégrée à l’équipe du service social et aux autres professionnels de l’hôpital. Mes collègues et superviseurs m’ont même surnommée Fatou, un prénom que j’ai utilisé tout au long de mon séjour à Dakar. Ce prénom d’emprunt est devenu pour moi le symbole de mon intégration. Le milieu hospitalier a toujours été mon premier choix durant mes trois années d’études. J’ai d’ailleurs effectué tous mes stages dans cet environnement. J’ai commencé auprès des personnes âgées, j’ai poursuivi en santé mentale, pour finalement terminer mon parcours au Sénégal avec les enfants hospitalisés. Bien que ce stage m’ait marquée positivement, il a aussi été le moment d’une grande révélation sur mes limites. J’ai réalisé que je suis sensible envers cette population et leur famille qui sont en situation de vulnérabilité. Cette expérience m’a donc permis de redéfinir mon orientation professionnelle. Pour la suite de ma carrière, je sais maintenant que je souhaite m’orienter vers de nouveaux horizons.

Ensuite, sur le plan personnel, il était essentiel pour moi de profiter de mon temps libre pour visiter l’île de Gorée. Le fait de me trouver en Afrique durant le Mois de l’histoire des Noirs a rendu cette visite encore plus symbolique. Ce lieu de mémoire de la traite négrière, reconnu par l’UNESCO, est un passage obligé pour quiconque souhaite comprendre cette part de l’histoire. Dès notre arrivée, j’ai trouvé cette île magnifique, avec ses couleurs vives et ses fleurs éclatantes. C’est un endroit calme et paisible. Je ne savais pas encore à quel point ce lieu était chargé d’émotions.

Lors de cette visite, j’ai été traversée par une multitude d’émotions, parfois contradictoires. Je suis passée par le bouleversement et l’étonnement, mais aussi par un sentiment d’impuissance et de dégoût face aux horreurs du passé. Au fur et à mesure que la visite avançait, d’autres sensations ont émergées. De l’enthousiasme à l’idée de redécouvrir mon histoire, suivi d’un sentiment d’apaisement. Finalement, c’est l’acceptation qui a pris le dessus. Ce mélange d’émotions fortes m’a permis de transformer cette douleur historique en une force tranquille pour mon propre avenir. Le guide nous a expliqué que la Maison des Esclaves avait vu passer des personnes captives de différents pays, dont le Bénin. À plusieurs reprises, il a mentionné le peuple Yoruba. Étant moi-même d’origine Yoruba, ces mots ont résonné en moi. Ce n’était plus seulement une leçon d’histoire ou une visite touristique. C’était une rencontre bouleversante avec mes propres ancêtres. Cette expérience m’a profondément touchée et a ajouté une dimension spirituelle et personnelle à mon séjour au Sénégal.

Mes parents m’ont toujours répété cette expression : « Il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. » Cela signifie qu’il est essentiel de connaître son histoire pour mieux construire son avenir. Entendre le guide prononcer exactement ces mêmes mots sur l’île de Gorée a été un moment de clarté pour moi. Pendant un instant, je ne me sentais plus seulement Béninoise, Sénégalaise ou Canadienne. Je me sentais simplement chez moi, sur ce territoire où nous ne formons qu’un. Cette prise de conscience me donne une nouvelle force pour entamer ma carrière. Je sais maintenant que mon identité et mon histoire sont des piliers sur lesquels je peux m’appuyer pour accompagner les autres.