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4e témoignage d’une personne étudiante en Travail social en stage au Sénégal

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Cinq personnes étudiantes en Travail social ont vécu une expérience aussi humaine que professionnelle : un stage d’intervention de 12 semaines à l’Hôpital de Fann, à l’Hôpital Albert-Royer et au Centre de premier accueil, à Dakar, au Sénégal.

Au-delà du stage, cette immersion hors du commun est une aventure profondément formatrice, marquée par les rencontres, la découverte d’une nouvelle réalité sociale et le développement de compétences sur le terrain.

Les stagiaires ont rédigé des articles pour partager leurs observations, leurs expériences personnelles et les réflexions qui transforment peu à peu leur regard sur le monde et sur leur future profession. Voyez le témoignage d’Ibtissam Lakhlifi.

Un voyage qui m’a transformée

Maintenant que vous avez fait la découverte des trois autres articles de mes collègues au Sénégal, mon tour est venu de vous parler d’un voyage qui m’a transformée. Quand je suis arrivée au Sénégal, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. J’étais stressée, excitée et un peu perdue. Je quittais tout ce que je connaissais pour découvrir un nouveau pays, une nouvelle culture, mais surtout une nouvelle réalité. Cela faisait 10 ans que je n’avais pas voyagé et c’était ma première expérience seule, sans mes repères.

Durant mon séjour, je vivais avec une famille d’accueil. Au début, c’était nouveau pour moi, mais avec le temps, je me suis sentie bien avec eux. La vie en famille m’a vraiment marquée. Je vivais avec deux sœurs d’accueil, et ça m’a rappelé, en étant plus grande, l’importance de prendre soin des plus jeunes. On passait du temps ensemble, on jouait comme des enfants, on rigolait, on chantait, on dansait. C’étaient des moments simples, mais qui m’ont fait beaucoup de bien. Cela m’a permis de me sentir comme chez moi malgré la distance. J’ai aussi fait de nouvelles rencontres et je me suis fait de nouveaux amis, ce qui a rendu mon voyage encore plus beau.

En dehors du stage, j’ai aussi vécu beaucoup de beaux moments avec les autres stagiaires. On a fait plusieurs sorties ensemble qui m’ont permis de découvrir le Sénégal autrement. Nous sommes allées à l’île de Gorée et à l’île de Ngor. Nous avons visité le Monument de la Renaissance, et sommes allées au marché où il fallait négocier les prix, ce qui était une expérience en soi. Nous sommes aussi allées au désert de Lompoul, à la réserve de Bandia, et nous avons même fait des cours de pilates ensemble. Pour finir, nous avons passé du temps à Somone. Tous ces moments m’ont permis de créer des souvenirs forts et de me rapprocher encore plus des autres.

Durant mon stage, j’ai travaillé dans un centre d’accueil d’urgence pour personnes mineures à Dakar. Les jeunes que j’ai rencontrés vivaient des situations difficiles comme l’abandon familial, et avaient certains comportements à risque. Malgré leur vécu, ils avaient une grande force. Ils participaient aux activités, ils riaient et ils essayaient quand même d’avancer. Chaque jour, je faisais des activités avec eux comme des jeux, du perlage et des moments de discussion. J’ai aussi fait des interventions individuelles et beaucoup d’observations. Au début, ce n’était pas facile, la langue était une difficulté, car plusieurs jeunes parlaient surtout le wolof. J’ai dû m’ajuster pour communiquer avec eux avec des gestes, des mots simples et parfois avec l’aide d’autres jeunes pour traduire. La gestion de groupe était aussi difficile, surtout quand il y avait beaucoup de bruit ou des jeunes au comportement perturbateur. Mais avec le temps, j’ai appris à m’adapter.

Un des moments qui m’a le plus marquée est la journée de la Korité. Ce jour-là, j’avais promis aux jeunes de venir passer du temps avec eux. J’ai acheté des gâteaux pour partager avec eux, pour leur offrir un moment de joie malgré leur situation. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vécu la Korité et le fait de la vivre ici m’a rendue heureuse. Cela m’a permis de me ressourcer avec ma religion et la culture. Mais cette journée m’a aussi montré une autre réalité. Un des enfants était très émotif, car cette fête est normalement un moment à passer en famille. Pour lui, cela a fait ressortir un grand manque. À ce moment-là, j’ai compris l’importance du soutien affectif. Ce stage m’a aussi confrontée à des différences culturelles. Les façons d’intervenir ne sont pas les mêmes qu’au Québec. L’autorité, la religion et les valeurs influencent beaucoup les pratiques. Au début, certaines situations m’ont surprise, mais j’ai appris à prendre du recul, à observer et à comprendre avant de juger. J’ai compris qu’il faut s’adapter à la réalité du milieu.

Aujourd’hui, cette expérience m’a beaucoup apportée. J’ai appris à être plus patiente, à m’adapter et à intervenir avec les moyens disponibles. Mais surtout, j’ai compris l’importance du lien humain avec les autres. La fin de ce voyage a été très émouvante, remplie d’émotions. Quitter les jeunes et ce milieu n’était pas facile. Ce n’était pas juste un stage, mais une expérience qui m’a marquée. Le Sénégal a enrichi mes connaissances et même si je pars, une partie de moi restera toujours là-bas.